La fontaine de Duilhac   

La face cachée de Peyrepertuse

Entretien avec Sébastien Pla,
maire de Duilhac-sous-Peyrepertuse

(article paru dans Espace & Patrimoine ® Cathares numéro 2, septembre-octobre 2004)

Sébastien Pla Juillet 2004

Sympathique, discret mais d'une efficacité redoutable, Sébastien Pla fait partie de ces hommes politiques non politiques, disposants de convictions puissantes et mettant son énergie au service de la collectivité. Voici un maire comme nous aimerions tous en avoir...

Des millions de téléspectateurs l'ont vu à la télévision1 mais Sébastien n'en garde pas moins la tête sur les épaules, même si ses 23 ans le positionnent comme le plus jeune maire du Languedoc-Roussillon. Originaire du village, c'est pour lui une chance de rester au pays. Ce à quoi l'on répondrait facilement, comme Louis Pasteur : "la chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés". En effet, si le fait de disposer d'une citadelle comme Peyrepertuse dans les biens communaux peut en faire rêver plus d'un, les responsabilités qui en découlent sont certes passionnantes, mais lourdes à supporter.

L'enjeu est en effet de taille : en 1975, 2 000 visiteurs/an se rendaient à Peyrepertuse. De plus l'accès était alors difficile du fait de l'absence de route et de parking.

  

En 2004, près de 110 000 visiteurs auront visité la forteresse ! Sébastien n'oublie pas ces grands personnages aujourd'hui disparus, comme l'historien Henry Paul Eydoux. C'est en effet beaucoup grâce à ses travaux que la population a pris conscience du patrimoine extraordinaire qui était pourtant devant leurs yeux chaque jour.

De nombreuses étapes ont été passées et il faut également remercier les auteurs comme Michel Roquebert2. De même, Sébastien se souvient des premières campagnes de publicité du comité Départemental du Tourisme de l'Aude dans le métro parisien en 1975, utilisant le slogan : "Les citadelles du vertige : c'est dans l'Aude !". C'est aussi grâce aux travaux de David Maso3 et Lucien Bayrou4 que l'on peut aujourd'hui mieux connaître le site.

De plus, il faut bien reconnaître qu'une poignée d'élus visionnaires ont su tirer parti à l'époque de cette opportunité, même si le pari pouvait sembler audacieux

Des travaux titanesques, mais cadrés

Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver les dalles qui constituaient le chemin de ronde de l'enceinte basse du château, ainsi que les créneaux aujourd'hui en ruine au pied des murailles. Une première étape de consolidation et surtout de mise en sécurité a été mise en œuvre depuis un an. C'est par les 250 mètres de chemin de ronde que la restauration est la plus visible actuellement. Avec un budget de plus d'1 M€, on comprend rapidement que l'enjeu dépasse les capacités de financement de la commune. Aussi faut-il être reconnaissant envers l'État, qui prend en charge 50 % des travaux, la Région et le Département qui prennent de manière égale 30 % des montants. Ainsi le budget communal finance les 20 % restant des travaux, ce qui représente déjà une somme colossale pour un petit village rural de 110 habitants ! Qui plus est, le projet que l'équipe municipale a mis sur les rails va beaucoup plus loin. L'opération globale de consolidation et de mise en sécurité vise au total 1 500 m2 de remparts.

  

De plus, des travaux seront entrepris à l'automne, pour réaménager l'espace d'accueil qui sera situé sur l'actuel parking. Un nouveau bâtiment entièrement construit en pierre, parfaitement intégré dans le paysage, accessible aux handicapés sera érigé en lieux et place de l'actuel. Il sera prolongé par un belvédère surplombant la vallée et le petit village de Duilhac ou l'on pourra admirer un magnifique panorama allant du château de Quéribus à la mer Méditerranée. Les élus et l'architecte Jacques Outier ont souhaité mettre en valeur les autres petits trésors que proposent les villages des environs a travers une mise en scène signée Jean Pierre Sarret. En effet, Sébastien est convaincu que les "châteaux dits cathares ne génèrent pas uniquement du revenu par les entrées des visites mais sont un formidable levier pour l'économie induite du territoire environnant". Ce projet s'élevant à 340 000 € n'aura été possible que grâce aux partenaires financiers, l'Europe (50%), le Conseil Régional Languedoc Roussillon (20%) et le Conseil Général de l'Aude (10%).

Valorisation du village et des environs

Les châteaux et abbayes du Pays Cathare sont devenus des lieux de destination de visiteurs du monde entier, qu'ils soient vacanciers ou désireux de mieux connaître la région. Cependant, il ne faut pas négliger les retombées que l'on peut attendre en dehors des sites eux-mêmes. L'Aude bénéficie de ce privilège d'avoir encore un espace vierge, un environnement protégé. Cette chance, il faut la saisir en offrant une véritable proposition de services tels que l'hôtellerie, le commerce... Sébastien insiste également sur l'importance de pouvoir conserver les services publics et l'activité économique locale. Un élément important est la durée de la saison touristique, qui permet une ouverture permanente de l'accueil du château, avec toutefois une concentration sur 8 mois de l'année, de mars à octobre.

Mais ce n'est pas tout...

En effet, les pouvoirs publics ont considéré, voici quelques années, que ces territoires étaient défavorisés, il faut bien se remémorer l'époque où les villages étaient désertés par la population locale du fait de la difficulté de trouver un emploi pour y vivre. Or aujourd'hui, la tendance semble se stabiliser voire s'inverser grâce à la volonté des acteurs publics et socioprofessionnels locaux.

Les châteaux ont certes contribués énormément à cette réussite, mais le tourisme et la viticulture ont également participés à cette inversion de tendance. Aujourd'hui, on parle d'ailleurs d'agritourisme, pour désigner l'activité associant la viticulture et le tourisme. En effet, des exploitants viticoles proposent de plus des gîtes sur leur domaine. Pour l'avoir personnellement testé, je peux vous assurer de l'intérêt de ce mode d'hébergement ou l'on partage la vie des vignerons.

Aujourd'hui victimes de leurs succès, ces petits villages aux patrimoines et paysages remarquables voient le revers de la médaille, induit par une forte spéculation immobilière qui fait grimper les prix, rendant parfois inaccessible la propriété à des personnes originaires de la région. Ce phénomène a tendance à favoriser la résidence secondaire qui représente un frein au développement économique tout au long de l'année. Les lignes aériennes directes Carcassonne / Londres, par exemple, ont donné lieu à une clientèle de passage ou estivale importante. Bon nombre d'élus ont bien compris que c'était à la fois une formidable opportunité mais aussi un facteur de risque. Sébastien le rappelle en disant que la vie des villages doit être active pendant les 12 mois de l'année pour cela il conviendrait de trouver un juste équilibre entre les résidences secondaires et les résidences permanentes. Il s'agit bien de conserver, voire développer une économie annuelle.

Un service supplémentaire : les audioguides

Mis au point par la société Art'Hist, les audioguides sont des systèmes individuels portatifs permettant de visiter les châteaux de Quéribus et Peyrepertuse avec l'aide d'un "compagnon virtuel". Une scénographie met en scène un personnage, vérificateur des monuments, venant visiter le chantier au XIIe siècle lors de la fortification de la frontière. Disponible en français, allemand, espagnol et anglais, ce test réalisé depuis la saison 2003 est une réussite en matière économique et pour les visiteurs. En effet, 10% d'entre eux choisissent d'être "accompagnés" de l'audioguide, ce qui permet de redonner une vie aux châteaux et aux clients de devenir acteurs de la visite.

L'essai étant concluant, il est aujourd'hui question d'étendre ce service aux autres citadelles de la région. Bien entendu, cela ne remplacera pas la visite d'un guide, mais cela permet à chacun de mieux revivre et comprendre cette époque troublante.

La fête médiévale

Les 28/29 juillet et 14/15 août 2004, aura lieu la deuxième édition de la fête médiévale de Peyrepertuse. Près de 60 artistes y participeront, une dizaine d'artisans démonstrateurs et 30 producteurs locaux animeront un vaste marché médiéval. Les meilleures troupes médiévales d'Europe redonneront vie à la Citadelles, des chevaliers de Franche-Comté... prendront d'assaut les remparts et l'un des plus célèbre fauconnier de France présentera ses rapaces. Mais il ne faut pas non plus oublier les 40 bénévoles de Duilhac-sous-Peyrepertuse mais également des villages voisins. Voici d'ailleurs un bel exemple qui démontre que le château ne bénéficie pas qu'aux communes propriétaires et que l'implication des habitants en dépasse les limites administratives. D'ailleurs, une économie sera forcément induite par les 10 000 visiteurs attendus cette année durant 4 jours de fêtes ! Le contenu de cette fête est impressionnant et si j'ai pu mesurer le travail l'an passé, nul doute que cette deuxième fête saura convaincre les passionnés et curieux qui pourront assister aux combats de chevaliers, aux présentations des artisans d'art, aux vols de faucons par-dessus les remparts...

Un oeil sur l'avenir

Formidable levier économique pour la commune, les recettes du site permettent de conserver et développer l'emploi sur le village (12 salariés) et d'investir pour la restauration et les animations du site. En ce qui concerne les travaux, un projet important est en cours d'étude. Serge Briez, David Maso, Lucien Bayrou et de nombreux autres spécialistes travaillent sur un projet d'unité de retour village, dans l'optique de donner encore plus d'intérêt aux visiteurs du château de se rendre au pied de la forteresse. Proche du village, un espace d'interprétation scénographique dédié à l'architecture militaire devrait voir le jour dans quelques années. Outre les travaux sur le château lui-même, on constate bien cette volonté enthousiaste de faire irradier l'économie générée dans les environs. Là se situe très probablement la clé de voûte de ces projets de territoire.

"Si on est capables de préserver le patrimoine et l'environnement...", rappelle Sébastien : il s'agit donc bien d'un projet de commune, qu'une réelle philosophie de la vie et une passion pour le territoire animent. Être maire aujourd'hui, c'est avoir les mêmes responsabilités qu'un chef d'entreprise, mais c'est également savoir son pouvoir et sa capacité de création limités dans le temps du mandat...

 Philippe Contal
pcontal@cathares.org